REGARDS CROISÉS : la réindustrialisation verte en milieu rural, l’exemple de Mayran Industries

Mayran industries, qui vient de boucler une levée de fond de 2,2 millions, est un exemple d’industrie verte et de réindustrialisation en milieu rural.

Située à côté de Rodez, cette usine a été réhabilitée en 2021 après 2 ans de fermeture. Upcycle est actionnaire majoritaire. L’usine produit l’essentiel des matériels d’Upcycle.

En quoi la réindustrialisation en milieu rural est un défi de tous les jours à la fois passionnant, plein de sens, et de risques ?

Grégoire Bleu, Président d’Upcycle et de Mayran Industries, et Jean-Daniel Gillet, Directeur de Mayran Industries se sont prêtés à l’exercice d’une interview croisée.

Par Maelle Joulin. Article mis à jour le 3 mars 2023

Pour Grégoire Bleu, Président d’Upcycle et de Mayran Industries, cette usine est le fer de lance de son approche entrepreneuriale : orientée vers les impacts positifs, tournée vers un monde décarboné, apporteuse de solutions concrètes et facilement déployables.

Pourquoi Grégoire Bleu, Président de Mayran Industries et d’Upcycle, Versaillais qui habite en Bretagne, a fait le choix d’ouvrir son usine à Mayran, en Aveyron ?

En quoi la réindustrialisation en milieu rural est un défi de tous les jours à la fois passionnant, plein de sens, et de risques ?

Grégoire Bleu, Président d’Upcycle et de Mayran Industries, et Jean-Daniel Gillet, Directeur de Mayran Industries se sont prêtés à l’exercice d’une interview croisée.


Q : Est-ce que c’est si facile d’ouvrir une usine en France ?

Grégoire Bleu :  En tant qu’entrepreneur c’est un énorme défi de reprendre une ancienne usine, car on ne sait pas toujours quel est l’état du matériel ou de la conformité des lieux. Pour autant, on a senti une vraie volonté politique. Nous avons bénéficié rapidement de soutiens : BPI, France Relance et l’ADEME, par exemple, ont rapidement répondu présent.

Jean-Daniel Gillet : Il y a une vraie volonté des institutions publiques d’investir sur ces sujets-là : réindustrialisation française et projets de transition écologique. Je suis agréablement surpris par l’accompagnement dont Mayran Industries bénéficie, notamment par la région Occitanie. Après c’est vrai que ça ne fait qu’un an que j’ai rejoint le navire, et j’ai conscience que ce travail de recherches de financement effectué par Grégoire se fait sur la durée.

G B : En revanche pour trouver tous les financements nécessaires à financer les investissements matériels et la montée en cadence de notre usine, ça a été plus long car peu d’acteurs aiment financer l’industrie aujourd’hui.

En fait dans la construction de ces dossiers, si on loupe une case à cocher, un sous paragraphe mal compris, cela peut avoir des conséquences qu’on va avoir beaucoup de mal à rattraper et qui peuvent retarder les dossiers de plus de 6 mois.

Et c’est extrêmement chronophage d’instruire ces dossiers, j’y ai passé des heures et des heures, plutôt que de me pencher sur la partie production, industrie, R & D.

Un autre élément m’a frappé : à quel point j’ai dû prouver que je disposais d’une équipe solide : un directeur administratif et financier, un directeur d’usine, un conseil juridique, et aussi un carnet de commandes plein, tout cela pour une usine à peine ouverte !  Heureusement que j’avais une facilité de gestion avec Upcycle, car un entrepreneur qui se lancerait sans aucune structure, je ne sais pas comment il pourrait ouvrir une usine.

JDG : Il y a aussi un défi au niveau des ressources humaines : des compétences très spécifiques sont demandées. Certains métiers sont devenus très rares. C’est le cas des chaudronniers. C’est un métier qui a été longtemps délaissé, aux conditions de travail parfois très rudes -souvent en extérieur dans le froid- et longtemps sous-valorisé. Alors que la chaudronnerie fait appel à de vraies compétences techniques difficiles à obtenir… Il y a donc parfois une tension entre l’image des métiers de l’industrie et la réalité des aptitudes nécessaires.



Q : Qu’est ce qui pourrait faire la différence et créer de l’élan autour de la réindustrialisation ?

GB : L’élément clé pour renforcer l’outil industriel français : la commande publique !

D’un point de vue investissement de l’État, du côté de la Région Occitanie, nous avons bénéficié d’un accompagnement fiable des politiques, de la préfecture, de la région. Ils ont bien respecté leurs engagements financiers.

Mais je trouve cela très étonnant que l’État ne cherche pas plus à rentrer dans ses frais d’investissement, en se forçant à acheter auprès des industries dans lesquelles il a investi. C’est comme s’il s’arrêtait au milieu de chemin, et il ne sécurise pas ses investissements !

Nous n’avons pas vendu de notre matériel produit en Occitanie auprès de la Région Occitanie, ou du département, ou toute autre collectivité locale pour qui ce matériel répond pourtant concrètement à leurs besoins de transformer en compost les déchets alimentaires par exemple !

Et là-dessus, on est en manque d’interlocuteurs, on ne sait même pas à qui s’adresser sur le sujet de la commande publique.

Pourtant réindustrialiser c’est clairement créer des emplois. 10 composteurs = 1 emploi 1 an à l’usine. Sans parler des emplois indirects ensuite dans l’exploitation de nos composteurs (en moyenne ½ ETP chez nos clients, sans parler de l’équipe Upcycle).

JDG : Pour moi, c’est aussi une question de management. L’industrie en France est encore managée comme une ou deux décennies précédentes. Le rapport au travail reste en général très traditionnel : on a du mal à comprendre les besoins des salariés et à les inclure dans les projets. C’est très pyramidal : le directeur sait tout faire et décide de tout. Ce rapport au travail n’est plus désiré par les jeunes générations : on souhaite être inclus dans les réflexions, donner du sens à ces tâches.

Ce n’est pas lié à la taille de l’entreprise, mais aux personnes qu’on positionne. Appartenant à la génération des « millennials », j’ai cette sensibilité d’avoir l’esprit collégial.

 



Q : En quoi l’usine de Mayran Industries est une « usine verte » selon vous ?

JDG : C’est l’ADN de Mayran Industries : l’impact écologique est prise en compte dans l’ensemble de nos projets. Alors on peut dire qu’on avance vers une « usine verte » !

Concrètement, nous avons essayé de relocaliser tous nos fournisseurs autour de l’usine. Globalement en région Occitanie, à Rodez (pour l’ensemble de la tôlerie, les câbles électriques), à Albi pour les cuves. Avoir des fournisseurs locaux, en plus de la baisse des émissions carbones dues au transport, a des avantages stratégiques : cela nous permet d’avoir une meilleure réactivité.

Nous avons aussi commencé l’activité de refit des composteurs Upcycle. L’idée est de récupérer une machine utilisée, la remettre en état et lui donner une seconde voire une troisième vie.

Par ailleurs, après avoir identifié que la chaine de thermolaquage était très consommatrice d’eau, nous travaillons sur un projet avec un kit de recyclage des eaux :  c’est une sorte de bassin de décantation pour réutiliser l’eau.

 

GD : Mayran industries est bien une industrie verte en tant qu’outil de fabrication car on va faire du neuf avec du vieux. On a réutilisé 90% des éléments de l’ancienne usine : les sols, le bâtiment, l’emprise au sol, on n’a pas eu besoin d’artificialiser plus de sol.

On a investi dans un brûleur plus efficace pour notre four, parce que question coûts c’était indispensable et question écologie c’est une évidence.

Et il s’agit d’un vrai choix écologique, car reconstruire une usine VS en construire une neuve c’est beaucoup plus compliqué : on perd de la maîtrise, on doit tout le temps s’adapter à l’existant. Et renoncer à bénéficier tout de suite des supers conditions d’une usine toute neuve.

 

Q : Quel bilan tirez-vous d’avoir fait le choix d’une usine en plein milieu rural ?

 GB : Il y a du compliqué, mais aussi du super positif.

Le fait d’avoir choisi une usine située en milieu rural c’est un vrai défi, on ne va pas se mentir : l’éloignement ne facilite évidemment pas le suivi, il y a moins de fibre pour internet, pas toujours de réseau téléphonique… Et puis on doit jongler avec des problématiques comme la neige par exemple : appeler la sous-préfecture pour faire déneiger si on doit faire partir des camions…

JDG : C’est sûr qu’il y a quand même une difficulté au niveau du transport, ça nécessite de prendre sa voiture pour venir.

Mais un des gros points positifs, c’est le cadre de vie au travail ! Le paysage est vallonné, beau et vert, on n’a pas une vue sur une autre industrie ou sur une raffinerie.

Et il y a un avantage économique pour l’usine :  la surface est moins chère qu’en zone urbaine.

GB : Un des points positifs c’est… justement le fait d’être en milieu rural !

Ça nous faisait super peur du point de vue du recrutement. On se demandait si nous allions trouver des personnes prêtes à venir travailler dans cette usine assez isolée. En fait grâce au réseau local, les gens qui viennent à l’usine se connaissent, se recommandent, et font le choix de venir dans ce lieu parce qu’ils sont du coin et qu’ils veulent contribuer à une réussite locale.

JDG : Je relève quand même la volonté des collectivités à accompagner la réindustrialisation dans les milieux ruraux. Par exemple, l’Aveyron fait partie des départements où le développement de la fibre était le plus rapide !

 

 

 

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