Collectivités territoriales et transition écologique : que peut-on demander aux citoyens ?

Le caractère essentiel des collectivités

Le caractère essentiel des collectivités

Les collectivités sont des acteurs-clés de la transition écologique notamment à travers les achats et commandes publiques. La plupart en ont conscience et ont engagé de multiples actions pour transformer leurs territoires. Néanmoins parfois il existe un frein : comment engager les citoyens et leur faire accepter en douceur des changements de comportements ? Cette question, de nombreuses agglomérations y ont fait face lorsqu’elles ont mis en place un tri séparé des déchets organiques, impliquant un changement profond des usages chez les habitants.
Redevances incitatives, coaching, système gagnant-gagnant dans cet article on vous détaille des retours d’expérience et des retombées positives.

Des débuts prometteurs

C’est officiel, les déchets ménagers en France ont baissé de 10% en dix ans. Les résultats sont « encourageants » mais « encore faibles », analyse l’Ademe, l’Agence pour la Transition écologique. Et pour cause : l’orientation est bonne, mais la vitesse est trop lente.

Du Pacte vert européen à la Conférence des Nations Unies pour le changement climatique, le constat est le même : accélérer la transition écologique passe par des actions à l’échelle des entreprises, des collectivités territoriales, mais aussi des citoyens. A chacun sa part.

Leviers d’action

Comment favoriser l’appropriation des outils à la portée des citoyens pour accélérer cette transition ? L’agglomération de Besançon met en avant, parmi ses axes prioritaires, pêle-mêle la généralisation des transports en commun, une meilleure isolation thermique de l’habitat, la suppression totale des produits phytosanitaires dans les jardins publics et privés, ainsi qu’une meilleure gestion des déchets.

Besançon s’est particulièrement distinguée depuis 2012 pour sa politique de redevance incitative en phase de collecte des déchets : outre un « abonnement fixe », les habitants payent en effet les services de collecte en fonction du volume. « Plus vous triez, moins vous payez ! », résume Martine Menigoz, responsable de la communication du Grand Besançon. Les pesées sont effectuées grâce à un système de puces électroniques placées à la fois sur les bacs à déchets et dans les camions de collecte. Chaque résident peut ainsi contrôler sa production et ses factures par internet.

« En France, nous produisons chaque année 580 kg de déchets par personne en moyenne, dont 260 kg d’ordures ménagères résiduelles, composées à hauteur d’un-tiers de déchets organiques, c’est énorme ! », explique Chloé Mahé, ingénieure de l’Ademe.

Marie-Laure Journet Bisiaux, directrice de la Gestion des Déchets du Grand Besançon s’en félicite : « Au cours des deux dernières années, les efforts sur le tri nous ont permis de réduire encore la production, à 142 kg de déchets résiduels par an et par habitant, alors qu’on pensait avoir atteint un plafond ! La part des déchets organiques a elle aussi fortement diminué, avec 6 200 tonnes de déchets détournés grâce au compostage sur la seule année 2019 ».

Résultat : les services de collecte passent désormais tous les quinze jours au lieu d’une fois par semaine. L’impact sur la facture des ménages est aussi visible : 70 euros par an et par habitant, contre 75 euros il y a 8 ans.

Vertus du compostage

Malgré ces efforts, la majorité de nos ordures ménagères finissent par être enfouies ou incinérées.

Pourtant, les épluchures de fruits et légumes, les coquilles d’œufs et autre marc de café, que l’on appelle aussi des biodéchets, ont la particularité d’être recyclables et valorisables grâce à la technique du compostage : une fois décomposés, ces déchets produisent une matière riche en sels minéraux et en humus, qui peut servir d’engrais à l’agriculture.

Le tout est de savoir comment généraliser la pratique, comme le prévoit la loi sur les biodéchets de 2015. Là encore, les citoyens sont une partie de la solution.

Pour avancer, il y a deux solutions :

D’une part, généraliser le tri à la source, comme le prévoit la loi biodéchets de 2015, que le tri se fasse en porte à porte ou en point d’apport volontaire.

D’autre part, développer la gestion de proximité, notamment via le compostage individuel et partagé.

Certaines villes ont pris de l’avance, à l’instar de Roubaix, qui relève le défi depuis 2014 en misant sur un dispositif de coaching « zéro déchet » dispensé sur une durée de 9 mois. Les résultats sont au rendez-vous : 600 foyers ont suivi une formation aux gestes de tri et de compostage à Lille et 3.000 foyers sur l’ensemble de l’agglomération lilloise.

Pour Audrey Leclercq, responsable du développement durable au sein de la municipalité de Lille, la force de l’initiative repose sur le fait que la ville ne se positionne pas « en demandeur » : « Nous proposons un panel de solutions, chacun fait en fonction de ses centres d’intérêts et de son mode de vie. De cette manière, on arrive à créer de l’intelligence collective. »

Ici, pas d’incitation fiscale, mais une réflexion sur des bonifications incitatives qui encouragent les gestes positifs : des entrées gratuites à la piscine, dans les musées, ou un don à des œuvres caritatives.

En plus de l’installation de tours de compostage en pied d’immeuble, la ville fournit aussi des composteurs collectifs, accessibles 24h sur 24 à proximité des jardins partagés, mais aussi des composteurs pour jardins privés ou balcons d’appartements, et même des « kits poules » pour ceux qui préfèrent la bonne vieille méthode : donner ses épluchures à manger aux gallinacées et récupérer en échange des œufs frais !

Les initiatives sont légion, il suffit de commencer !

Veni Verdi, l’agriculture de proximité au cœur des villes

L’association Veni Verdi agit depuis 10 ans dans les quartiers populaires. Elle a déjà créé plus de 7 potagers urbains, dont le plus grand est hébergé par le collège Pierre Mendès France, dans le 20e arrondissement de Paris, sur près de 4.500 m2. Pour sa déléguée générale, Nadine Lahoud, l’agriculture de proximité est la première pierre de tout progrès social. « Un jardin créé du lien et une activité économique hyper locale », explique-t-elle.

Sur le modèle prôné par le mouvement des villes en transition, il s’agit d’utiliser les énergies disponibles et de recycler ce qui peut l’être.

L’engrais vient entièrement du compostage organisé : « Nous avons nos propres composteurs, mais nous profitons aussi de composteurs industriels grâce à des accords passés avec des entreprises privées telles que UpCycle», poursuit Nadine Lahoud.

Certaines entreprises livrent leurs déchets ici et économisent ainsi temps de travail et essence, en s’appuyant sur les principes de l’économie circulaire et des interactions locales.

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Questions fréquentes

D’ici 2023 tous les producteurs de biodéchets, notamment alimentaires devront les trier et les valoriser. ( Depuis 2016 c’est déjà obligatoire pour les producteurs de plus de 10t / an)
En pratique cela signifie que chaque collectivité, chaque entreprise doit s’organiser pour permettre à l’ensemble des citoyens de jeter ses déchets organiques dans une filière de valorisation : soit compostage, soit méthanisation.

En savoir plus

Vaste question, le mieux est peut-être de vous rapprocher de votre mairie.

On note une grande variété d’initiatives. Certaines mairies proposent des composteurs gratuits de jardin, d’autres des lombricomposteurs pour les particuliers, ou du compostage de pied d’immeuble, parfois du compostage de quartier voire du compostage en collecte en porte à porte. Vous trouverez ici une description de ces différents modes.

Vous n’avez aucune solution mise à disposition ? En 2024 toutes les collectivités auront l’obligation de vous proposer une solution, alors pourquoi ne pas proposer à votre collectivité d’adopter la solution d’UpCycle ? RDV ici pour voir comment s’y prendre.

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